Une ruche idée contre l’hécatombe apicole

TRIBUNE de ARNAUD DAGUIN CHEF CUISINIER 

En ces temps de décimation apicole et d’inquiétudes fort légitimes et subséquentes quant à notre avenir, nous nous interrogeons largement sur les causes de l’hécatombe. Et si, en plus de se demander ce qui peut bien dézinguer nos populations d’abeilles, on commençait par chercher ce qui pourrait les sauver ? Mais, me direz-vous, si les abeilles meurent en masse dans les ruchers de nos apiculteurs, il faut bien identifier leurs meurtriers ! On soupçonne les pesticides, les ondes électromagnétiques, de mystérieux virus… Et on a en partie raison, semble-t-il. Certes vous rétorquerai-je, mais ce bosquet d’usual suspects ne cache-t-il pas la forêt dense de leurs emmerdements ? Comme, pour nous, n’y aurait-il pas un «effet cocktail» de petites causes discrètes individuellement mais redoutables ensemble ? De même que l’on cherche ce qui tue, il faudrait s’inquiéter de ce qui empêche de vivre.

Et s’il arrivait aux abeilles ce qui nous arrive à nous, les humains ? Nous sommes ce que nous mangeons, n’est-ce pas ? Nul doute que les abeilles aussi. Les liens entre les ravages de l’obésité, du diabète, des maladies «neurodégénératives» ou cardiovasculaires et notre alimentation ne sont plus à faire. Il apparaît patent aujourd’hui que, comme l’homme moderne, les abeilles souffrent de «nutrition stupide», c’est-à-dire le contraire exact de ce que l’élite de nos micronutritionnistes nomme «IN» à savoir nutrition intelligente. La différence, c’est qu’entre stupidité et intelligence les abeilles n’ont pas le choix. La plupart d’entre nous non plus, me bourdonnerez-vous. Certes. A ces petits êtres aussi il faut de la biodiversité dans l’assiette ! Toute l’agriculture de ces dernières décennies a, sciemment ou pas, œuvré ardemment à leur rétrécir les entournures. La déforestation est à l’abeille ce que l’épilation intégrale est au morpion : sa mort programmée. Plus de haies ni de bosquets, plus de cornouillers ni d’aubépine sur des centaines d’hectares, plus de mares éparses ni de floraisons étagées sur presque toute l’année. Le menu se resserre, on se croirait à Moscou sous Brejnev. Double peine, triple même :

– 1) On vous bousille l’habitat, serre la ceinture, déséquilibre l’alimentation.

– 2) On vous balance du Gaucho plein les antennes histoire de vous faire perdre la boussole.

– 3) On vous fait cracher du miel à gogo.

Dans ces conditions, pas étonnant qu’au premier virus malin ou parasite opportuniste, zou ! Tout le monde au tapis !

Pour les abeilles aussi, l’avenir est dans l’assiette et leur plat de prédilection, c’est l’arbre. Des arbres les plus variés possibles, elles aussi ont besoin d’équilibrer leurs menus, on est loin de savoir comment en détail, on n’en sait pas beaucoup plus que les Egyptiens, premiers à les avoir domestiquées. On se doute bien pourtant que, pour elles comme pour nous, plus varié sera le choix, meilleure sera la santé.

Nous avons perdu en cent ans 80% de la biodiversité agricole. A force d’uniformiser, de rationaliser de surproduire, nous avons tellement rétréci le «champ de nos possibles» nutritionnels que nous en sommes réduits à pallier nos carences à coup de compléments alimentaires. Les abeilles, elles, n’ont même pas ce maigre (mais dispendieux) recours.

Là encore, la solution c’est l’agroforesterie. En associant de façon systématique l’arbre à nos productions agricoles, nous pourrons redonner aux abeilles un cadre de vie en phase avec leurs besoins. Corridors, eau, protection, nutriments variés, équilibre de la faune, tout cela ne se planifie pas, il faut juste laisser faire la nature, à condition de ne pas l’avoir dépouillée avant. Aux arbres citoyens ! Plantez vos broussaillons ! (Si, si, broussaillons, j’insiste). Bordons les chemins et les routes de haies variées, replantons au bord de l’eau ces ripisylves si utiles, alignons les fruitiers, les bois d’œuvre et de chauffage dans nos céréales, faisons pousser du mouton sur nos légumineuses et des abricots sur nos moutons. Elevons des laitières sous les pommiers et des cochons, des volailles sous les chênes et châtaigniers. C’est en aidant la nature à rester généreuse et non pas en prétendant faire le boulot mieux qu’elle que nous arriverons à sauver les abeilles, et accessoirement à nourrir 9 ou 10 milliards d’humains.

source : http://www.liberation.fr
rucher savoyard
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Un commentaire pour Une ruche idée contre l’hécatombe apicole

  1. Radegonde dit :

    tout à fait de votre avis ,merci pour votre article plein de bon sens Que tous nos petits jardins deviennent des oasis de vie . Radegonde,homéopathe Word press

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